Barthélémy Dias, figure emblématique de l’opposition sénégalaise, traverse une nouvelle épreuve majeure. Après avoir vu son mandat de député annulé, il doit désormais abandonner son poste de maire de Dakar. Cette situation, qui provoque de nombreuses réactions, illustre un climat politique de plus en plus tendu au Sénégal.
Pendant plusieurs jours, les spéculations autour de l’avenir politique de Barthélémy Dias se sont intensifiées. Tout s’est accéléré le 13 décembre 2024, lorsque plusieurs documents ont circulé sur les réseaux sociaux. Parmi ces documents figure une notification du préfet de Dakar, datée du 10 décembre. Elle affirme que Barthélémy Dias a démissionné de son mandat de conseiller municipal. De plus, un procès-verbal de police, signé par Dias lui-même, vient appuyer cette déclaration.
La mairie de Dakar a rapidement validé l’authenticité de ces documents. Selon ces derniers, la destitution découle directement de l’inéligibilité de Barthélémy Dias. C’est la conséquence d’une condamnation pour coups mortels. Cette peine, prononcée en 2017, avait été confirmée en appel en 2022 et définitivement validée par la Cour suprême en 2023. Le litige remonte à une plainte déposée par Bayne Gueye, un militant du parti au pouvoir, Pastef.
Ces derniers événements s’ajoutent à une série de revers pour Barthélémy Dias. Quelques jours avant cette destitution, il avait déjà perdu son mandat de député, obtenu lors des élections législatives anticipées du 17 novembre 2024. Le 6 décembre, il a été contraint de quitter son siège à l’Assemblée nationale. C’est une décision qu’il a décrite comme injuste et orchestrée pour réduire son influence politique. 
Ces pertes symbolisent un tournant pour celui qui avait été élu maire de Dakar en 2022, un poste clé dans le paysage politique sénégalais. En occupant ce rôle, Barthélémy Dias avait renforcé sa popularité en se positionnant comme un fervent défenseur des droits des citoyens et un critique des dérives du pouvoir en place.
Les proches de Barthélémy Dias dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une manœuvre politique visant à l’écarter de la scène publique. Dias et ses alliés envisagent également une mobilisation nationale et internationale pour alerter sur ce qu’ils qualifient de tentative de musulmanement d’un adversaire politique.
L’opposant lui-même a pris la parole le 9 décembre, avant l’officialisation de sa destitution, pour dénoncer ce qu’il qualifie d’« acharnement politique ». Il a réaffirmé sa volonté de résister aux pressions exercées par le gouvernement tout en appelant ses partisans à rester mobilisés. Sa stratégie inclut le dépôt d’un recours devant la chambre administrative de la Cour de cassation pour annuler la décision préfectorale.
Selon l’article 137 de la Loi n° 2013-10 du Code général des Collectivités territoriales au Sénégal, en cas de démission, décès ou révocation d’un maire, c’est l’un des adjoints qui prend automatiquement la relève. Dans ce contexte, Mme Ngoné Mbengue, première adjointe de Barthélémy Dias, apparaît en tête de l’ordre de succession. Sa désignation serait conforme aux dispositions légales, lui permettant d’exercer la plénitude des fonctions de maire, comme stipulé par l’article 138.
Si Mme Ngoné Mbengue accède effectivement à la mairie de Dakar, elle devra relever des défis de taille. D’une part, elle sera confrontée à l’héritage laissé par Barthélémy Dias, marqué par son opposition constante au pouvoir central. D’autre part, elle devra affirmer son propre leadership tout en maintenant l’unité de Taxawu Sénégal, une formation politique déjà éprouvée par les luttes internes.
Son ascension, bien que légitime au regard des textes, pourrait aussi raviver les tensions politiques et institutionnelles. Entre gestion des affaires municipales et pressions externes, la première adjointe devra trouver un équilibre délicat pour mener à bien son mandat.
Cette affaire démontre les tensions croissantes qui caractérisent le climat politique sénégalais. Les destitutions successives de Barthélémy Dias soulèvent des doutes quant à l’utilisation des institutions judiciaires et administratives comme outils de règlement de comptes politiques.
Pour le pouvoir en place, l’objectif serait de consolider son contrôle sur Dakar, un bastion de l’opposition. Dans ce contexte, la succession de Barthélémy Dias pourrait bien devenir un test pour l’avenir politique du Sénégal, avec des répercussions potentielles sur les prochaines échéances électorales.
Par Guylain Gustave Moke