Analyste Politique et Politologue Congolais
À neuf mois de l’élection présidentielle, les Congolais sont déjà en précampagne. Le débat qui s’amorce porte surtout sur les sujets de politique intérieure, ce qui préoccupe le plus les électeurs.
Néanmoins l’interminable guerre dans l’Est(M23) et la présence des troupes Ougandaises á Bunagana, ont des implications importantes comme un sujet majeur de politique étrangère. Les prises de position des candidats de l’opposition comme du président sortant, Tshisekedi, auront dès á présent un impact décisif sur la poursuite des relations Rwanda-Ouganda-RDC.
Le débat sur les sujets de politique intérieure s’articule sur deux axes : la Loi Tshiani et la crise économique:
La Loi Tshiani
La proposition de loi dite « loi Tshiani », du nom de son initiateur Noël Tshiani, déposé à l’Assemblée nationale en juillet 2021, ce texte, jugé « dangereux » par ses détracteurs, avait été rapidement écarté, avant de revenir dans le débat public après l’annonce, en mars, de son inscription dans le programme de la session parlementaire en cours.
Cette proposition de loi risque de bouger les lignes. Si cette loi était adoptée, l’homme d’affaires Moïse Katumbi, par exemple candidat déclaré à la présidentielle prévue en décembre, serait exclu de la course, puisque son père était italien.

La très influente conférence épiscopale, par la voix de son secrétaire général, l’abbé Donatien Nshole, a également dénoncé une « loi dangereuse », qui « menace la paix sociale ». Dans plusieurs villes du pays, des manifestations contre cette loi ont été organisées par des partis politiques et des organisations de la société civile.
La crise économique
Puissance économique et politique en Afrique centrale, la RDC a vu se créer de multiples promesses de projets d’infrastructures ces dernières années mais les problèmes s’aggravent derrière cette façade. En février, l’inflation a atteint 13% sur un an, les prix alimentaires ayant augmenté de 17,3%.
De nombreux Congolais luttent pour se nourrir au quotidien, confrontés à la hausse des prix des denrées de première nécessité, à la dépréciation du ‘’franc Congo’’. L’affaiblissement de la monnaie a également surenchéri les coûts de remboursement des prêts accordés au pays qui ont explosé. Tant que le gouvernement ne restructurera pas la dette, la situation économique ne devrait pas changer.
Le Fonds monétaire international a indiqué en février que la RDC avait augmenté ses dépenses en 2022, pour combattre les rebelles du M23 qui se sont emparés de vastes pans de territoire dans l’est du pays, mais aussi pour payer des arriérés de salaires dans la fonction publique.
L’inflation atteignait déjà 13% à la fin de l’année dernière, en partie à cause des retombées économiques de l’invasion russe en Ukraine. L’augmentation des dépenses fin 2022 a provoqué un afflux de francs congolais sur le marché et une forte demande de dollars.
La RDC a de gigantesques ressources minières et des millions d’hectares de terres arables mais, selon la Banque mondiale, plus de 70% de ses quelque 90 millions d’habitants vivent avec moins de 1,90 dollar par jour, niveau fixé comme seuil de pauvreté international.
Les sondages
Les sondages qui commencent à apparaître sur les échéances électorales de 2023. Le Parti au pouvoir, UDPS, continue à soutenir la politique suivie par le président. 61% de ses électeurs restent favorables au soutien inconditionnel affirmé par celui-ci. Il n’en va pas de même pour l’électorat de l’opposition : seuls 17% ont un avis favorable de ‘’ Tshisekedi’’et ce pourcentage ne cesse de baisser alors qu’il était de plus de 27% en mars 2022.
Par ailleurs, le pourcentage d’électeurs de l’opposition qui considèrent que la guerre dans l’Est est une menace majeure pour le pays est passé de 51% en mars 2022 à 69% en janvier 2023 et 80% des partisans de l’opposition estiment que Tshisekedi a trahi le pays.
Au total 23% des électeurs approuvent l’action de ‘’Tshisekedi’’ et 77% la désapprouvent. Des chiffres qui montrent qu’une partie de l’électorat indépendant partage désormais le scepticisme de l’opposition.
Des choix difficiles pour Tshisekedi
Cette situation a forcément un impact sur la campagne de l’UDPS. Tshisekedi a clairement indiqué son intention de se représenter et il recentre sa position pour conserver une majorité en dépit de sa médiocre cote dans l’opinion et attirer les indépendants et ce qui reste des opposants modérés. Or le dossier M23 peut lui attirer de sérieuses difficultés.
Après les Kényans et les Burundais, les soldats ougandais de la force régionale Est-Africaine, qui font partie intégrale de M23 sur d’autres fronts, sont chargés de superviser le retrait des rebelles du M23 dans l’est de la RD Congo, où la situation demeure explosive.
Le contingent ougandais compte 2.000 hommes et n’a pas la mission de combattre le M23. Et pourtant ils chassent les FARDC á Bunagana. Quel serait alors l’objectif de la présence des Soldats Ougandais sur le sol Congolais ?
Certains Congolais y voient l’habituelle menace de « balkanisation » de l’est du pays, en proie aux violences de groupes armés hérités pour beaucoup de guerres qui ont ensanglanté la région dans les années 1990-2000.
Néanmoins, le plus grand danger pour Tshisekedi est les accusations de l’électorat indépendant qui est moins motivé que les partisans de l’UDPS et qui accusent Tshisekedi de bénéficier financièrement de cet interminable conflit.
Il est prévisible que lorsque la campagne présidentielle deviendra plus intense, à partir d’octobre-Décembre 2023, Tshisekedi subira des pressions croissantes pour résoudre le problème M23. Une fois de plus les considérations de politique intérieure pèseront d’un poids déterminant sur les choix géopolitiques de la RDC.
AfriqueDiplo
Guylain Gustave Moke
Géopolitique Expert