De l’océan Atlantique aux collines de l’Est, en passant par la cuvette centrale, le pétrole congolais fait l’objet de nombreuses convoitises. C’est ce qui explique de grandes manœuvres observées actuellement sur les bassins pétroliers congolais où des majors prennent pied et bousculent des juniors sans expérience ni moyens. Quant au peuple congolais, il n’y voit que du feu, souvent floué sur la destination que prennent les revenus de cette manne pétrolière.
Si hier, les bassins pétroliers congolais étaient l’affaire des commissionnaires et autres intermédiaires du secteur, aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Des majors de l’industrie pétrolière mondiale se sont réveillées ; elles se bousculent au portillon de la RDC pour se partager cette manne. Le pétrolier Français Total et l’Italien ENI, qui sont déjà présents dans la distribution, ambitionnent aussi de se lancer dans la production. Quant à l’Américain Exxon, il reste à l’affût d’opportunités. 
En décembre 2010 lorsqu’il s’adressait au Parlement réuni en congrès, le chef de l’Etat, Joseph Kabila, avait décliné ce qui devait être la nouvelle politique pétrolière de la RDC. Désormais, annonçait le président de la République, dans le secteur pétrolier, la RDC devait s’ouvrir davantage aux plus grands en lieu et place de petites sociétés sans moyens.
L’arrivée annoncée des majors telles que Total et ENI semble traduire cette volonté du gouvernement de tirer le meilleur parti de l’exploitation du secteur pétrolier. Mais, le doute subsiste quant à la traduction dans les actes de cette nouvelle politique gouvernementale.
Les négociations en cours vont permettre enfin aux majors de l’industrie pétrolière de prospecter le sous-sol congolais. En cas d’un nouveau accord global, la major italienne ENI serait disposée à dépenser 200 millions USD sur cinq ans. 30 millions USD seraient affectés au Graben, 60 millions USD au Tanganyika et 100 millions USD à la Cuvette centrale.
Avec un nouveau accord avec le gouvernement congolais, ENI prendrait 80% des sept blocs et porterait la part de la Cohydro, soit 10%. Une participation de 10% serait réservée à des privés congolais qui devraient payer leur part dans l’exploration. Le bonus de signature pourrait représenter plusieurs millions USD. Une manne bien profitable en ce temps d’élections.
Tout récemment, l’Assemblée nationale du Congo/Brazzaville venait d’adopter une loi autorisant la ratification d’un protocole d’accord de coopération sur l’exploitation et la production du potentiel de réserves communes d’hydrocarbures avec la RDC. La zone concernée par cette loi est le bassin sédimentaire qui s’étale sur les deux rives du fleuve Congo et de l’Oubangui.
Ce texte sur les hydrocarbures se veut un protocole de prudence qui permet aux deux Etats de développer et d’exploiter sans incident majeur les champs pétroliers du Bassin de la cuvette congolaise. Cette loi est la première du genre entre la RDC et le Congo. Le pétrole est la première source de revenu du Congo dont la production se situe aujourd’hui à 300.000 barils par jour, selon les chiffres officiels. Ce qui serait la raison sous jacente du soutien diplomatique et militaire que le président Congolais, Denis Sassou, accorderait á Joseph Kabila, en cette période de crise électorale.
Dans le secteur pétrolier, la RDC risque d’être dans les jours à venir victime de ses propres turpitudes. Le pétrole pourrait conduire à la résurgence des seigneurs de guerre sous l’instigation des exploitants mécontents ou ceux qui voudraient contourner les voies officielles de négociations.
Kinshasa devrait tirer toutes les conséquences des actes qu’il pose aujourd’hui. La grande ruée sur le pétrole congolais signe le tocsin de l’impérieuse nécessité pour le gouvernement à mettre de l’ordre dans ce secteur, en n’ayant pour seul credo que l’intérêt supérieur de la nation. La Constitution garantit la répartition équitable des richesses nationales.
Par Guylain Gustave Moke