Depuis 2022, la guerre en Ukraine a attiré des combattants étrangers des deux côtés. La Russie, confrontée à une guerre d’usure, a élargi ses campagnes de recrutement à l’étranger. Plusieurs enquêtes ont révélé des réseaux ciblant des jeunes Africains en situation de vulnérabilité économique.
Depuis le début de l’invasion russe en 2022, plusieurs pays africains ont vu certains de leurs ressortissants recrutés, parfois sous de fausses promesses d’emploi ou d’études. L’Ukraine affirme avoir identifié plus de 1 780 citoyens issus de 36 pays africains dans les rangs russes. Certains d’entre eux ont été capturés sur le champ de bataille.
Parmi les nationalités identifiées figurent 14 Sénégalais, dont six auraient perdu la vie au combat. Âgés de 25 à 37 ans, ces ressortissants prouvent le coût humain d’un engagement dans une guerre lointaine. Depuis le déclenchement du conflit, plusieurs rapports indépendants ont confirmé la présence de combattants étrangers des deux côtés du front. L’Ukraine a officiellement créé une « Légion internationale », tandis que la Russie s’appuierait sur des circuits plus discrets.

Selon la Présidence sud-africaine, quatre hommes sont déjà rentrés au pays, tandis que onze autres sont actuellement en route. Deux restent en Russie : l’un est hospitalisé à Moscou et suivi par l’ambassade sud-africaine, l’autre attend la finalisation de son voyage. Cyril Ramaphosa a salué la coopération des autorités russes et remercié Vladimir Poutine pour son soutien lors d’un entretien téléphonique tenu le 10 février.
Le ministre des Affaires étrangères du Ghana, Samuel Okudzeto Ablakwa, s’est rendu à Kyiv pour rencontrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Objectif principal : obtenir la libération de deux citoyens ghanéens faits prisonniers par l’armée ukrainienne alors qu’ils combattaient dans les rangs russes. Accra évoque des victimes de manipulation et de réseaux de trafic. Cette requête s’inscrit dans un contexte plus large de recrutement controversé de combattants africains dans le conflit.
Au Kenya, un tribunal de Nairobi a inculpé, ce 26 février 2026, un ressortissant kényan pour « trafic d’êtres humains » lié à l’envoi de jeunes Africains combattre pour la Russie dans la guerre en Ukraine. Selon le parquet, plus de 1 000 Kényans auraient quitté le pays via des réseaux de recrutement promettant emplois et nationalité russe.
Le suspect, Festus Arasa Omwamba, a été arrêté puis présenté devant un tribunal antiterroriste de Nairobi. Il est accusé d’avoir fait passer clandestinement 25 Kényans en Russie, en 2025. Les autorités affirment qu’il opérait via une agence enregistrée en 2024, Global Face Human Resources Limited, non accréditée par l’autorité nationale de l’emploi. D’après les enquêteurs, le nom d’Ommwamba apparaît au centre d’un réseau structuré ayant facilité le départ de centaines de jeunes hommes munis de visas touristiques, avant leur enrôlement présumé dans l’armée russe.
Selon l’acte d’accusation, les recrues étaient attirées par des promesses financières considérables : jusqu’à 350 000 shillings kényans par mois (environ 2 300 euros), avec des primes pouvant atteindre un million de shillings. Dans un pays où le chômage des jeunes demeure élevé, ces montants représentaient une opportunité exceptionnelle. Beaucoup pensaient partir pour des emplois de sécurité ou de gardiennage en Russie. Mais une fois sur place, plusieurs se seraient retrouvés envoyés sur le front ukrainien. Les autorités kényanes évoquent des dizaines d’hospitalisations, plusieurs disparitions et au moins un décès confirmé parmi les ressortissants concernés.
Un rapport publié par l’ONG Inpact, en partenariat avec le projet Khachu Zhit/I want to live, révèle que 1 416 combattants originaires de 35 pays africains auraient été enrôlés dans l’armée russe depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022. Ces données mettent en évidence l’extension du conflit bien au-delà de l’Europe de l’Est.
Le rapport d’Inpact détaille un système de recrutement structuré, mêlant contrats militaires classiques et réseaux d’intermédiaires. Au cœur du dispositif : des promesses financières particulièrement attractives pour des jeunes confrontés au chômage et à la précarité. Une prime à la signature pouvant atteindre 30 000 dollars serait proposée. Elle est accompagnée d’un salaire mensuel oscillant entre 2 200 et 2 500 dollars. Sans compter une assurance maladie et une naturalisation accélérée.
Selon les informations recueillies, l’obtention d’un passeport russe pourrait théoriquement intervenir en trois à six mois. Dans des contextes où les restrictions de visas limitent fortement la mobilité internationale, cette perspective représente un puissant levier d’attraction. Toutefois, le rapport nuance ces promesses : de nombreux combattants n’obtiendraient jamais la nationalité annoncée, en raison de retards administratifs ou d’un défaut total de régularisation.
Les conditions de préparation militaire soulèvent également des inquiétudes. La formation dispensée aux recrues étrangères serait brève, parfois limitée à quelques semaines. Dans certains cas documentés, elle serait quasi inexistante. Les recrues seraient déployées rapidement sur les zones de combat. Ce qui augmente considérablement les risques encourus. Les pertes enregistrées parmi les ressortissants africains confirment la dangerosité de ce dispositif.
Le rapport évoque l’existence de réseaux transnationaux sophistiqués. Agences de voyage, publicités ciblées sur les réseaux sociaux, intermédiaires locaux et anciens combattants joueraient un rôle clé dans la chaîne de recrutement. Les campagnes en ligne promettant emplois, formations ou opportunités de résidence en Russie serviraient parfois de porte d’entrée avant la proposition d’un engagement militaire.
Plus préoccupant encore, certains Africains déjà présents en Russie pour des études ou un emploi se retrouveraient contraints de signer un contrat militaire. Des témoignages évoquent des pressions liées au renouvellement de visas, à des difficultés financières ou à des menaces implicites d’expulsion. Des étudiants confrontés à la hausse du coût de la vie auraient vu dans l’engagement armé une solution par défaut.
Par Guylain Gustave Moke