Le président congolais Denis Sassou-Nguesso a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle du 15 mars, confirmant les attentes d’une grande partie de la classe politique.
À 82 ans, le chef de l’État brigue un nouveau mandat après plus de quatre décennies cumulées au pouvoir. Cette annonce relance le débat sur l’alternance démocratique et l’avenir politique du Congo-Brazzaville. Entre continuité du système et attentes de renouvellement, le scrutin s’annonce déterminant.
Le suspense n’aura pas duré longtemps. Denis Sassou-Nguesso a confirmé ce jeudi 5 février sa candidature à l’élection présidentielle du 15 mars prochain. L’annonce a été faite à Bambou Mingali, à une soixantaine de kilomètres de Brazzaville, lors du lancement de la première grande foire agricole du Congo.
Devant producteurs et acteurs du monde rural, le président sortant a salué l’engagement des agriculteurs et insisté sur la nécessité d’accompagner la dynamique de production nationale. C’est dans ce contexte qu’il a officiellement déclaré : « Je vais faire acte de candidature. »
Cette décision ne constitue toutefois pas une surprise. Fin décembre, le Parti congolais du travail (PCT), formation au pouvoir, avait déjà investi son candidat à l’unanimité, laissant peu de doute sur l’issue du suspense politique. 
Né en 1943, Denis Sassou-Nguesso incarne l’une des figures les plus durables du pouvoir en Afrique. Il dirige le Congo-Brazzaville depuis plus de quarante ans, en deux périodes distinctes. Aujourd’hui, à 82 ans, il repart en campagne pour un mandat supplémentaire qui pourrait le maintenir à la tête du pays jusqu’en 2030.
Denis Sassou Nguesso a dirigé le Congo-Brazzaville, petit pays d’Afrique centrale riche en pétrole, sous le régime du parti unique de 1979 à 1992, avant d’être battu lors des premières élections pluralistes par Pascal Lissouba.
Il est revenu au pouvoir en 1997 à la faveur d’une guerre civile, puis a été élu en 2002 et réélu en 2009. En 2015, il a fait modifier la Constitution pour supprimer la limitation à deux mandats présidentiels et s’est fait réélire en 2016 et en 2021.
En avril 2023, trois formations d’opposition, sans représentation parlementaire, ont lancé une l’Alliance pour l’alternance démocratique en 2026. Cette plateforme regroupe le Rassemblement pour la démocratie et le développement, de l’ancien président Joachim Yhombi Opango, mort en 2020, ainsi que le Mouvement des républicains et le Parti du peuple.
La présidentielle du 15 mars se tiendra dans un environnement économique et social complexe. Le Congo-Brazzaville demeure fortement dépendant des hydrocarbures, principale source de revenus du pays.
Cette dépendance expose l’économie aux fluctuations des prix du pétrole, tandis que l’endettement public reste élevé. Les infrastructures vieillissantes et les attentes sociales croissantes accentuent la pression sur les autorités. Cependant, le Congo est un exemple en Afrique pour l’engagement de son Président dans la « Diplomatie Verte », faisant du Bassin du Congo un lieu unique au monde de préservation de la biodiversité.
Dans ce contexte, la campagne électorale devrait s’articuler autour des enjeux de diversification économique, d’emploi des jeunes et d’amélioration des conditions de vie.
Sur le plan politique, l’opposition peine à constituer une alternative crédible. Fragmentée et affaiblie par des années de marginalisation, elle n’apparaît pas en mesure de rivaliser avec la machine électorale du PCT.
Le président sortant bénéficie d’un contrôle solide de l’appareil d’État, du soutien de l’administration territoriale et de moyens financiers importants pour mener campagne. En outre, son bilan peut aussi mettre en avant une grande stabilité des institutions dans une région troublée. Les scrutins précédents se sont d’ailleurs soldés par des victoires confortables, avec des scores dépassant régulièrement les 60 %.
La communauté internationale observe néanmoins cette nouvelle échéance électorale avec attention. Des organisations de la société civile continuent de plaider pour un scrutin transparent et équitable.
Au-delà de l’élection elle-même, la candidature du président relance une interrogation plus large : celle de la transition politique au Congo-Brazzaville.
Avec un chef d’État octogénaire et une jeunesse majoritaire dans la population, les attentes de renouvellement générationnel se font de plus en plus pressantes. Dans les cercles du pouvoir, la question de la succession reste sensible. Dans la société civile, elle est omniprésente.
La présidentielle du 15 mars dépasse donc l’enjeu d’un simple scrutin. Elle cristallise un débat central : Denis Sassou-Nguesso incarne-t-il encore l’avenir du Congo ou la continuité d’un système politique en quête de renouveau ?
Par Guylain Gustave Moke